Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré, Président du Faso,
Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Chefs des Institutions Nationales et internationales,
Son Excellence Monsieur Jaques Chirac, ancien Président de la République française,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs
Distingués participants,
Mesdames et Messieurs,
 
Permettez-moi de vous adresser les chaleureuses félicitations de Monsieur Ban Ki-moon, Secrétaire Général des Nations Unies pour l’excellent choix du thème de ce Forum et souhaiter pleins succès à vos travaux.
Sur une note toute personnelle, j’adresse mes sincères remerciements au  Peuple et au gouvernement du Burkina Faso pour leur généreuse hospitalité.
 
Monsieur le Président,
En effet, le thème de la présente rencontre est bien à propos parce qu’il établit un lien direct entre l’une des questions les plus brûlantes de notre époque, à savoir le changement climatique, (ses effets sur notre environnement naturel et sur notre existence au quotidien ainsi que les politiques et autres mesures convenues pour les atténuer) d’une part, et les priorités de développement durable contenues dans l’Agenda 21 d’autre part.
 
Monsieur le Président,
 
Le 6e Forum tenu à Brazzaville, en Octobre dernier, a adopté plusieurs recommandations importantes, qu’il s’agisse l’idée de la création d’un Fonds Africain pour le Développement Durable, ou celle d’un Secrétariat permanent.
 
La présente rencontre devrait consolider les acquis de Brazzaville et permettre de se préparer convenablement afin de sceller un accord à la décisive Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique, qui aura lieu à Copenhague dans tout juste deux mois.
 
Monsieur le Président,
L’impact du changement climatique demeure alarmant malgré les multiples initiatives en cours aussi bien au niveau national, régional que mondial.
 
Le Quatrième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) publié en 2007, établit un lien de causalité directe entre les changements de profils climatiques et l’activité humaine.   
Alors que le changement climatique affecte tous les pays, les pays les plus vulnérables, particulièrement ceux situés en Afrique, les pays les moins avancés (PMA) et les petits Etats insulaires en développement (SIDS), sont sans aucun doute parmi les plus touchés et les moins préparés à faire face à l’impact des chocs sur leurs systèmes sociaux, économiques et sur leur diversité biologique.
 
 Le Rapport prédit que d’ici 2020 en Afrique, entre 75 et 250 millions de personnes souffriront de la raréfaction des ressources en eau,  pendant que les rendements de l’agriculture dépendant des eaux pluviales  pourraient être réduits à hauteur de 50 pour cent dans certains pays d’Afrique.
Des millions de personnes seront déracinées en raison de l’élévation du niveau des mers dans les pays de faible altitude  et dans les zones côtières densément peuplées.
 
Il est particulièrement troublant que le changement climatique menace d’anéantir les progrès durement acquis à la suite de nos efforts collectifs pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement. Par exemple, outre l’insécurité alimentaire résultant de précipitations irrégulières, la réduction de la productivité causée par les maladies endémiques conduit à une réduction de la croissance économique, exacerbant ainsi la pauvreté.
 
Monsieur le Président,
Le changement climatique est un défi mondial qui exige une approche concertée, conformément  aux  principes de l’équité, de la responsabilité commune, mais différenciée et selon le niveau de développement de chaque pays. Ces principes sont consacrés dans la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) et le Protocole de Kyoto.
 
La Réunion de Haut Niveau sur le Changement Climatique  convoquée par le Secrétaire général des Nations Unies, et qui a vu la participation de 101 Chefs d’Etats et de gouvernement, le 22 Septembre dernier à New York, participe de cette démarche concertée. Elle a été l’occasion pour de nombreux dirigeants
d’ indiquer clairement que la réponse au changement climatique devrait être placée dans le contexte plus large d’un développement durable, qui tienne compte de ses trois composantes, à savoir leur impact économique, social et environnemental.
 
Les dirigeants ont souligné la nécessité de restructurer et de diversifier leurs économies en vue de réussir l’objectif de réduction des émissions des gaz à effet de serre et de construire des sociétés à même de résister au changement climatique. Il y a eu un clair consensus sur l’idée selon laquelle l’action sur le changement climatique peut et doit être compatible avec les priorités d’éradication de la pauvreté et de croissance économique soutenue et la protection de notre environnement naturel. Une telle approche est d’ailleurs est en droite ligne des recommandations du Sommet de l’Union Africaine sur l’« Emploi et la lutte contre la pauvreté » qui s’est tenu dans cette belle ville de Ouagadougou il y a quelques années
 
Monsieur le Président,
La réunion de New York a également été le lieu de renouveler notre engagement politique en faveur de la Feuille de route de Bali adoptée en décembre 2007.
 
 
S’agissant des mesures pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les engagements à long terme sont les bienvenus. Cependant des objectifs à court et à moyen terme doivent être fixés pour les rendre plus crédibles. Les mesures doivent être  contraignantes et s’accompagner de mécanismes de vérification et de sanction.
 
L’une des principales opportunités pour le développement durable consiste dans le transfert de technologies écologiquement viables vers les pays en développement. Ceci est également l’un des piliers de la feuille de route de Bali et devrait constituer une composante fondamentale des résultats de Copenhague.
 
La question du financement pour lutter contre le changement climatique est tout aussi cruciale. La Réunion de haut niveau du 22 septembre a estimé à 100 milliards de dollars les besoins annuels de financement des programmes d’adaptation et d’atténuation pendant la décennie à venir. ( Je me félicite qu’au cours des présentes assises, l’Afrique ait pu quantifier ses besoins de financement.)
Les mécanismes de financement existants doivent être préservés et renforcés, de même qu’ils doivent être accessibles aux plus vulnérables.
Il est également souhaitable que, dans nos délibérations, nous recherchions des mécanismes de financement supplémentaires et innovants, à l’instar du prélèvement modeste proposé sur les billets d’avion. La recherche a montré que ce prélèvement pourrait lever jusqu’à 10 milliards de dollars par an.  En outre, il y a lieu d’approfondir la réflexion sur le Programme de Collaboration des Nations Unies sur la réduction des émissions résultant  de la protection des forêts dans les pays en développement ou initiative REDD.
 
Nous devons également nous mettre d’accord sur les principes et modalités de gestion de tels fonds. Il est impératif que le financement  des mesures contre le changement climatique accorde la priorité aux pays les plus vulnérables au changement climatique, à savoir les pays d’Afrique, les pays les moins avancés et les petits états insulaires en développement.
L’architecture financière devra être plus cohérente, sa gouvernance plus équitable et les procédures d’accès aux fonds, davantage simplifiées.
 Par ailleurs, les ressources nécessaires pour relever le défi du changement climatique ne doivent pas être diverties de celles déjà promises pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Les ressources doivent être nouvelles, additionnelles, adéquates, prévisibles et durables. Elles doivent être principalement allouées sous forme de dons ou à travers de mécanismes innovants tels que ceux évoqués plus haut.
 
Monsieur le Président,
Cependant que nous lançons un appel pour un financement supplémentaire,  force est de reconnaître qu’en plus de tous les efforts des partenaires au développement, le vrai secret de la réussite réside essentiellement  dans le choix éclairé et judicieux de stratégies rationnelles de développement durable.
   La responsabilité de ce choix incombe en premier chef aux pays en développement  eux-mêmes. Ces pays se doivent d’adopter une approche intégrée de leurs stratégies nationales et régionales d’adaptation et d’atténuation. Celles-ci devraient être conçues de manière à contribuer à améliorer la gestion des ressources en eau, la productivité agricole, le secteur de la santé publique, les infrastructures de base, la gestion urbaine, celle l’écotourisme, la gestion des sols, promouvoir les sources d’énergie renouvelable, préserver la biodiversité et les écosystèmes…
Une des conclusions importantes du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) est justement que si les mesures d’adaptation sont prises en compte dans le cadre des stratégies de développement durable, elles pourront réduire l’impact négatif de bouleversements climatiques futurs.
 
Monsieur le Président,
Les propositions visant à trouver la meilleure façon de gérer le changement climatique et le développement durable ne manquent pas. Outre celles déjà développées ci-dessus, la Conférence des Ministres africains de l’environnement tenue à Nairobi en mai de cette année, a suggéré que le Groupe des Huit (G8) appuie la recommandation de créer des centres climatiques régionaux en Afrique pour améliorer la gestion des risques climatiques et mettre en œuvre la stratégie régionale de réduction des risques de catastrophes.
Par ailleurs, les 12e et 13e Assemblées de l’Union Africaine ont fait ressortir les besoins spécifiques de l’Afrique. Il appartient aux négociateurs africains de promouvoir ces priorités.
 
Monsieur le Président,
Le nouvel élan provoqué par les discussions sur le changement climatique et l’échéance prochaine de Copenhague pourraient insuffler une nouvelle jeunesse à l’Agenda 21 de Johannesburg si nous tenons  le pari de faire un plaidoyer soutenu en faveur des résultats des  présentes assises.
Il est capital pour nous de sceller un accord à Copenhague qui permette de réduire considérablement les émissions de gaz, de protéger notre environnement naturel, de favoriser la croissance économique, la lutte contre la pauvreté et de créer des  emplois décents.
 
Je vous remercie pour votre aimable attention.