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Appuyer les Pays Les Moins Avancés sur leur chemin de sortie de cette catégorie

Par – Danial Gay
Conseiller inter-régional sur les PMA, Comité de l’ONU pour les Politiques de Développement

 Conduisez vers l’ouest autour du périphérique depuis Port Vila, la capitale du Vanuatu, vous passerez trois entrepôts à proximité de l’aéroport. Après quelques villages isolés surplombant la plage, une montée raide au-dessus des collines vous emmène au port de La Havane et à un ensemble de luxueux hôtels. Au Nord de l’ile, vous pourrez croiser des femmes en pickups amenant des fruits et légumes au marché. Plus d’hôtels sont à suivre. Le voyage se fait principalement sur un bitume lisse, et prend environ deux heures selon le temps passé à admirer l’océan.

Dix ans plus tôt, l’image était très différente. Une route jonchée de nids-de-poule qui s’efface après le passage d’une ville, ne laissant que les 4×4 les plus robustes progressivement lutter pour se frayer un chemin sur les sentiers rocailleux, écumer par des pluies battantes. Il n’y avait pas d’entrepôts. Les touristes des hôtels de la ville ne s’aventuraient que rarement hors de ses limites. Les femmes avaient besoin d’une journée pour voyager au marché.

La révolution engendrée par le périphérique fait partie d’un boom économique de long terme. Nourri par le tourisme et l’investissement immobilier, le revenu par individu dans l’Etat insulaire du pacifique a augmenté de plus de 2.5 fois en termes réels depuis 2002.

De plusieurs manières, l’expérience du Vanuatu caractérise la situation des PMA. Jusqu’à 2016, seulement quatre ont quittés cette catégorie depuis sa création au début des années 1970 – le Botswana en 1994, puis plus récemment le Cap Vert, les Maldives et Samoa. Aujourd’hui un grand nombre d’entre eux sont sur le point de quitter ce groupe. Des prix du pétrole plus élevés ces dernières années ont fait que la Guinée Equatoriale quittera la catégorie en 2017, suivi par l’Angola en 2021.

Sept autres vont probablement suivre ce mouvement rapidement, après avoir rempli deux des critères de sortie pour la première fois en 2015, au plus récent examen triennal du Comité sur les Politiques de Développement des Nations-Unies (CPD), l’institution en charge de la surveillance de cette catégorie et de faire des recommandations pour la sortie de catégorie des PMA.

Alors que les succès dans le développement économique et humain sont la preuve du travail des décideurs politiques et des entreprises, en conjonction avec les donateurs (le périphérique du Vanuatu a été construit avec des subventions des Etats-Unis), les agences de l’ONU ont joué un rôle crucial.

L’un des principaux succès de l’ONU-OHRLLS est d’avoir lancé, aidé à promouvoir et mis en place le programme d’action des PMA. L’examen récent à mi-parcours du Programme d’Action d’Istanbul (PAI), parmi d’autres éléments, a exhorté les donneurs officiels à renouveler leurs engagements sur l’objectif d’envoyer une aide d’une valeur de 0.15% à 0.2% du revenu national brut aux PMA, ainsi que de continuer à promouvoir le commerce et l’investissement dans les PMA.

L’OHRLLS a aidé à intégrer plusieurs cibles du PAI dans les Objectifs de Développement Durables (ODD), en incluant ceux de doubler la part des PMA dans le commerce global et l’augmentation de leurs capacités productives.

Dans les coulisses, l’OHRLLS a également conduit la majeure partie du travail inter-gouvernemental, faisant la promotion des enjeux des PMA à l’ONU. Partiellement à la suite de ce travail et à la Conférence de l’ONU sur le Commerce et le Développement, les PMA ont reçu plus d’attention internationale  que jamais auparavant sur des questions telles que le commerce, l’investissement et l’aide.

Le Comité sur les Politiques de Développement, en tant qu’entité du Département des Affaires Economiques et Sociales de l’ONU, revoit périodiquement la catégorie, suit les PMA et détermine lesquels satisfont les critères officiels. Ces critères, mesurés par des indices objectifs reflétant le revenu par habitant, le capital humain et la vulnérabilité économique, ont été choisis prudemment afin de capter les déterminants généraux du développement durable, en relativisant la vision du progrès seulement basée sur le revenu. Les PMA doivent satisfaire deux ou trois critères ou excéder par deux fois le critère de revenu par habitant pendant deux revues triennales consécutives du CPD pour être considérés éligibles pour une sortie de catégorie.

Le secrétariat du CPD développe une boite à outils de diagnostic pour aider les gouvernements à préparer leur sortie de la catégorie des PMA et en à comprendre les implications. Cela atténuera l’incertitude liée à ce processus et permettra le diagnostic des domaines de l’économie à cibler à la suite de la sortie de catégorie.

En dépit de ces succès, beaucoup reste à faire. Le cyclone Pam est un exemple des vulnérabilités qui continueront à affecter les PMA, particulièrement les Etats Insulaires et les pays avec des zones côtières frappées par le changement climatique. Les inégalités au sein et entre les PMA restent un défi particulier. L’insécurité et les conflits sont en augmentation.

Beaucoup des pays sortis de cette catégorie connaissent des succès portés par le boom des matières premières, bien que la croissance économique du groupe des PMA dans son ensemble ait fléchie durant le ralentissement économique mondial. Les succès reposant sur les services des Etats Insulaires sur la voie de la sortie de ne sont pas transposables partout. La diversification reste faible et beaucoup de PMA sont exclus des chaines d’approvisionnement mondiales.

C’est pourquoi la concentration du PAI et des ODD sur les capacités productives est si importante. Les PMA ont besoin de développer et de mettre en œuvre leurs propres et spécifiques politiques industrielles dans le but de stimuler leurs productions et passer d’activités à faible productivité à des activités à forte productivité. Le périphérique routier du Vanuatu démontre l’effet multiplicateur des investissements dans les infrastructures, trop bas dans la plupart des PMA.

Dans le même temps, l’histoire du Vanuatu donne de l’espoir à d’autres. Avec des politiques de qualité, des investissements en hausse et le soutien de la communauté internationale, beaucoup d’autres suivront.

La société civile est la plus proche du terrain et la plus consciente des enjeux locaux, l’autorisant ainsi a représenter la voix des peuples des PMA de manière effective.

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